Le volume des contrats dérivés sur l’or au Comex est 97 fois supérieurs au stocks enregistrés. Un chiffre stupéfiant qui conduit à s’interroger plus généralement sur la pertinence de l’or papier par rapport à l’or physique.

 

Or physique : l’avantage du réel

 
Il s’agit principalement de pièces et lingots. Si les premières ont l’avantage d’être bien connues localement (en particulier le Napoléon), il est également possible d’acheter des lingot(in)s offrant des garanties d’authenticité appropriées grâce au certificat, numéro de série, nom du fabricant et scellés. Les différents formats proposés (de quelques grammes jusqu’au lingot de 1 kg) permettent de procéder à un fractionnement raisonnable de ses investissements.
 
Détenir physiquement le métal jaune a ses avantages. Il est facilement transmissible et difficilement saisissable. De par sa haute densité, il est peu encombrant et donc facile à stocker. L’investisseur pourra donc le conserver directement chez lui, ou chez un intermédiaire en son nom (coffre en banque par exemple).
 
A noter : l’émergence depuis quelques années d’une offre d’achat-stockage. Le client a ainsi la possibilité, après l’achat (souvent en ligne) de confier au prestataire le stockage de son or en chambre forte, assurée. Les stocks d’or physique détenus pour compte de tiers sont régulièrement audités afin d’assurer les clients de leur réalité. L’acheteur peut également demander, sous conditions, la livraison de ses avoirs. Une alternative, pour des montants significatifs, à la solution peu recommandable du matelas…
 
Tous ces avantages ont cependant un coût : chaque transaction impliquant un flux physique de métal, les frais de transactions reflètent logiquement ce service. C’est le prix de l’or « palpable ». Mais une fois l’achat effectué, il n’y a plus d’intermédiaires, les frais annuels liés à la détention sont négligeables, voire nuls. Un avantage qui est d’autant plus pertinent sur un horizon de moyen-long terme.

 

Or papier : une simplicité de façade, des risques indirects

 
C’est une forme dématérialisée d’or : une transaction ne crée généralement pas de flux physique. Soit parce que l’or reste où il est, changeant juste de propriétaire via un instrument financier ou un titre. Soit parce qu’il n’y a tout simplement pas d’or sous-jacent !
 
Les ETF (Exchange Traded Funds, autrement appelés trackers) sont à la mode depuis quelques années car ils offrent un véhicule coté permettant de répliquer à moindre couts la performance d’un indice. Mais la plupart des ETF sur l’or ne le détiennent pas physiquement : pour minimiser les coûts, ils synthétisent l’exposition au cours du métal jaune via des contrats à termes avec des banques d’investissement, souvent apparentée à l’émetteur du fonds.
 
Si ces fonds répliquent assez bien la performance du cours (en langage technique, ils ont un tracking error faible), ils présentent un risque de défaut en cas de difficulté ou faillite de la banque contrepartie. Un risque limité certes, mais non nul. Il existe néanmoins des ETF qui détiennent physiquement l’or (dans des coffres), mais les principaux sont cotés en dollars, sur des places étrangères.
 
Les produits dérivés sont très utilisés chez les investisseurs institutionnels, mais sont réservés aux professionnels. Ils font régulièrement l’objet d’avertissements et de mises en garde par l’AMF (autorité des marchés financiers) en raison de leurs risques propres, notamment l’effet de levier.
 
Le point le plus frappant est l’écart colossal entre la quantité de produits dérivés en circulation et les volumes des stocks détenues par les bourses spécialisées. Ainsi, sur le Comex, la bourse américaine des matières premières qui affiche les plus gros volumes de transaction sur l’or, le volume des contrats dérivés est 97 fois supérieur aux stocks détenus dans les entrepôts et disponibles pour livraison (1).
 
Enfin, autre forme d’or papier, indirecte celle-ci, les actions de sociétés minières spécialisées dans l’or. Si leur cours est bien influencé par celui du métal jaune, il s’agit d’abord et avant tout d’actions, sujettes aux risque opérationnel des sociétés et des mines, sans oublier le risque de variation des marchés actions en général. Complexité supplémentaire, la plupart de ces sociétés sont cotées à l’étranger, en devises étrangères.
 
Dans tous ces cas, il est pratiquement impossible de prendre livraison de l’or, un frein pour ceux appréciant le coté actif réel, tangible du métal jaune. L’avantage néanmoins de l’or papier : des frais de transaction généralement plus faibles que le physique, mais relevés par des frais annuels récurrents (frais de conservation, frais de gestions en particulier). Une solution à considérer pour des horizons de court ou moyen terme.
 
Notes :
 
(1)Début novembre 2017, le volume des contrat futures sur l’or en circulation (Open Interest), sur le Comex, offrant la possibilité d’une livraison physique, représentait environ 53. 9 millions d’onces (soit environ 1'528 tonnes), pour une valeur de marché d’environ 69 milliards de USD. A la même période, les stocks enregistrés du Comex (stocks contrôlés par la bourse et disponible pour une livraison physique), s’élevaient à environ 554'000 onces, soit 15.7 tonnes. D’où un ratio de 97.4.
Les entrepôts du Comex abritent également des stocks dits « éligibles » (environ 8.8 millions d’onces, 250 tonnes) mais ceux-ci sont principalement détenus par des tiers, donc non contrôlés par la bourse. Bien que facilement convertibles en stocks enregistrés, ils ne sont donc pas nécessairement disponibles pour le règlement physique des contrats futures.
Cet écart n’est pas un problème en soi, tant que la quasi-totalité des transactions se dénouent par règlement comptant, et non par livraison physique. En effet, ces dernières ne représentent que 1 à 2% du dénouement des contrats futures. Il existe en outre d’autres moyens de se procurer l’or physique, sur le marché spot notamment.